FACTURATION ÉLECTRONIQUE

Facture électronique : comment ça marche en pratique ?

Corentin Allemand
par Corentin Allemand, CPO & Co-fondateur
13 minutes de lecture

Facture électronique : découvrez comment elle fonctionne, de sa création à son archivage, selon vos clients et votre régime de TVA.

La facture électronique ne se résume pas à l'envoi d'un PDF par e-mail. Elle suit un circuit précis, depuis sa création jusqu'à son archivage. Découvrez comment fonctionne chaque étape et ce que cela change pour un auto-entrepreneur ou un indépendant.

Une facture électronique, c'est quoi exactement ?

Une facture électronique est un document créé, transmis et reçu dans un format numérique permettant un traitement automatisé. Ses données peuvent être lues par les logiciels de facturation, les outils comptables et l'administration fiscale.

Elle ne correspond donc pas à un simple fichier PDF. Un PDF peut être lisible par une personne mais ses informations ne sont pas nécessairement structurées pour être intégrées automatiquement dans un logiciel.

Les formats prévus par la réforme comprennent notamment :

  • Factur-X, qui associe un PDF lisible et des données structurées ;
  • UBL, un format entièrement structuré ;
  • CII, un autre format de données structuré.

Vous n'avez pas à créer manuellement ces fichiers. Le logiciel utilisé génère le format adapté puis la plateforme agréée assure la transmission selon le circuit prévu.

Comment fonctionne la facture électronique ?

Le fonctionnement repose sur plusieurs étapes. La facture est d'abord créée dans un outil de gestion. Elle est ensuite contrôlée, orientée vers le bon circuit puis transmise à son destinataire.

Le parcours d'une facture électronique

  • Vous saisissez le client, la prestation ou la vente, le montant et les conditions de règlement.
  • ↓
  • Vous contrôlez notamment le SIREN, l'adresse et la catégorie de l'opération.
  • ↓
  • La facture relève de l'e-invoicing ou de l'e-reporting selon le client et la nature de l'opération.
  • ↓
  • Votre outil produit un fichier structuré ou hybride.
  • ↓
  • La plateforme agréée adresse la facture au client ou transmet les informations requises à l'administration.
  • ↓
  • Vous vérifiez la réception, l'acceptation, le rejet ou le paiement.
  • ↓
  • Vous conservez la facture et les éléments associés pendant la durée prévue.

La facturation électronique porte donc sur l'ensemble du cycle de vie de la facture. Elle concerne la création du document mais aussi son acheminement, son suivi et sa conservation.

Quel circuit selon le type de client ?

Le type de client détermine principalement le circuit à utiliser.

Type de clientCircuit principalCe que cela implique
Professionnel établi en FranceFacture électronique, ou e-invoicingLa facture est transmise par une plateforme agréée
ParticulierE-reporting possible selon l'opérationCertaines données de la vente sont transmises à l'administration
Entreprise étrangèreTraitement international et e-reporting possibleLes règles dépendent du lieu et de la nature de l'opération
Administration ou établissement publicCircuit spécifiqueLes factures suivent les règles applicables au secteur public
Fournisseur professionnelRéception d'une facture électroniqueVous devez disposer d'un point de réception identifié

Vous facturez une entreprise française

Une facture adressée à un professionnel établi en France relève de la facture électronique lorsque l'opération entre dans le périmètre de la réforme.

À partir du 1er septembre 2027, un auto-entrepreneur ou une micro-entreprise devra transmettre ce type de facture par l'intermédiaire d'une plateforme agréée ou d'une solution connectée à une plateforme agréée.

Le client recevra alors la facture dans son propre espace ou dans son outil de gestion. Les données utiles seront également transmises à l'administration selon les règles applicables.

Vous facturez un particulier

Une facture destinée à un particulier ne relève pas de la facturation électronique, qui concerne le B2B.

Certaines données de cette vente peuvent cependant relever de l'e-reporting. Le particulier reçoit sa facture selon les modalités habituelles tandis que les informations requises sont transmises à l'administration.

Par exemple, un artisan qui facture une réparation à un particulier peut remettre une facture classique. Les données de cette opération peuvent ensuite être transmises par sa plateforme agréée.

Vous facturez une entreprise étrangère

Une entreprise située hors de France ne suit pas le même circuit qu'un professionnel établi en France.

Certaines opérations internationales peuvent toutefois être concernées par l'e-reporting. Le traitement dépend notamment du lieu de l'opération, du statut du client et des règles de TVA applicables.

Un graphiste qui facture une société basée en Espagne ou en Italie doit donc vérifier le traitement applicable à chaque opération.

Retrouvez les principales règles dans le guide consacré à l'e-reporting de l'auto-entrepreneur.

Vous facturez une administration

Les factures adressées à l’État, à une collectivité, à un hôpital ou à un établissement public doivent être déposées sur Chorus Pro, quel que soit votre statut ou le montant de la facture. Cette obligation s’applique depuis le 1er janvier 2020.

Pour transmettre votre facture :

  1. créez un compte fournisseur sur Chorus Pro avec votre numéro SIRET ;
  2. déposez votre facture directement sur le portail ou utilisez un logiciel connecté à Chorus Pro ;
  3. renseignez les références du marché ou du bon de commande lorsqu’elles sont demandées ;
  4. suivez le traitement de la facture depuis votre espace, de son dépôt jusqu’à sa mise en paiement.

Depuis le 1er septembre 2026, vous pouvez continuer à déposer directement vos factures sur Chorus Pro ou passer par une plateforme agréée qui les transmettra au portail. Le délai de paiement est généralement fixé à 30 jours. En cas de retard, des intérêts moratoires et une indemnité forfaitaire peuvent s’appliquer.

Vous recevez une facture fournisseur

Depuis le 1er septembre 2026, une entreprise assujettie à la TVA et établie en France doit pouvoir recevoir des factures électroniques. Cette obligation concerne également les auto-entrepreneurs en franchise en base.

Les factures peuvent provenir d'un opérateur téléphonique, d'un fournisseur d'énergie, d'un éditeur de logiciel, d'un assureur ou d'un prestataire de sous-traitance.

Vous devez donc disposer d'une plateforme agréée et être identifiable dans l'annuaire du dispositif. La plateforme de votre fournisseur pourra ainsi trouver votre point de réception.

E-invoicing et e-reporting, quelle différence ?

Ces deux mécanismes sont complémentaires mais ils ne répondent pas au même besoin.

L'e-invoicing

L'e-invoicing correspond à la transmission de factures électroniques entre professionnels établis en France.

Le circuit comprend :

  • une facture structurée ou hybride ;
  • une transmission par une plateforme agréée ;
  • un adressage vers la plateforme du client ;
  • la transmission de certaines données à l'administration.

L'e-reporting

L'e-reporting correspond à la transmission de certaines données à l'administration pour les opérations qui ne relèvent pas de l'e-invoicing.

Il peut concerner :

  • les ventes à des particuliers ;
  • certaines opérations réalisées avec des clients étrangers ;
  • certaines données de paiement pour les prestations de services lorsque les conditions prévues sont réunies.

Le client particulier ou étranger ne reçoit donc pas nécessairement une facture électronique dans le circuit B2B français. L'administration peut toutefois recevoir les données de l'opération.

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Une même activité peut utiliser les deux circuits. Une photographe qui facture une agence française, des particuliers et une société étrangère devra appliquer un traitement différent selon chaque facture.

Quel est le rôle de la plateforme agréée ?

Une plateforme agréée est un opérateur immatriculé par l'administration fiscale. Elle assure les fonctions prévues par la réforme pour l'émission, la réception et la transmission des données.

Elle peut notamment :

  • recevoir les factures de vos fournisseurs ;
  • transmettre vos factures à vos clients ;
  • convertir une facture dans un format adapté ;
  • vérifier certaines données ;
  • transmettre les données requises à l'administration ;
  • suivre les statuts de traitement ;
  • faciliter l'archivage des documents.

La plateforme agréée constitue donc le point de passage entre votre outil, vos clients, vos fournisseurs et l'administration. Consultez la liste officielle des plateformes agréées avant de choisir une solution.

Que devez-vous renseigner sur une facture électronique ?

Les mentions habituelles restent nécessaires. Il s'agit notamment du numéro de facture, de la date, de l'identité des parties, de la description de la vente ou de la prestation et des conditions de paiement.

La réforme ajoute également plusieurs informations :

  • le numéro SIREN du client professionnel ;
  • l'adresse de livraison lorsqu'elle diffère de l'adresse de facturation ;
  • la catégorie de l'opération ;
  • l'option pour la TVA sur les débits lorsqu'elle s'applique.

Pour un auto-entrepreneur, le SIREN du client constitue donc une donnée importante à collecter avant l'émission des factures électroniques.

Les nouvelles mentions s'appliquent selon le calendrier d'émission de l'entreprise. Les grandes entreprises et les ETI sont concernées depuis le 1er septembre 2026. Les PME, TPE et micro-entreprises le seront à partir du 1er septembre 2027.

Le cas de la franchise en base

La franchise en base signifie que vous ne facturez pas la TVA sous certaines conditions. Mais elle ne supprime pas votre qualité d'assujetti.

L'inscription sur une plateforme agréée ne modifie pas votre régime fiscal. Vous restez en franchise en base tant que les conditions du régime sont respectées.

La référence juridique de la mention « TVA non applicable » évolue depuis le 1er septembre 2026. Une tolérance permet toutefois de conserver la référence à l'article 293 B du CGI jusqu'au 31 décembre 2027.

Quand la réforme s'applique-t-elle à un auto-entrepreneur ?

Le calendrier comporte deux échéances principales.

DateObligation
Depuis le 1er septembre 2026Pouvoir recevoir les factures électroniques des fournisseurs
À partir du 1er septembre 2027Émettre les factures électroniques B2B concernées
À partir du 1er septembre 2027Transmettre les données d'e-reporting concernées

La réception constitue donc la première obligation de la facturation électronique pour un auto-entrepreneur. L'émission arrive ensuite pour les factures adressées aux professionnels français.

Le détail des échéances figure dans le guide consacré aux dates de la facturation électronique.

Le calendrier pratique de l'auto-entrepreneur

Depuis septembre 2026 : préparer la réception

Choisissez une plateforme agréée, renseignez votre SIREN et vérifiez votre point de réception. Testez ensuite la réception d'une facture fournisseur.

Commencez par les fournisseurs qui émettent régulièrement des documents :

  • téléphonie ;
  • logiciels ;
  • assurance ;
  • énergie ;
  • matériel ;
  • sous-traitance.

Automne 2026 : classer vos clients

Séparez vos clients professionnels français, vos particuliers, vos clients étrangers et les administrations.

Cette classification permet d'identifier le circuit applicable à chaque opération.

Hiver 2026-2027 : compléter vos données

Collectez les SIREN de vos clients professionnels. Vérifiez aussi les adresses de facturation, les adresses de livraison et la nature des opérations.

Printemps 2027 : mettre à jour vos modèles

Ajoutez les nouvelles mentions obligatoires à vos modèles de facture. Vérifiez également la mention liée à la franchise en base si vous êtes concerné.

Été 2027 : tester votre organisation

Créez une facture test, vérifiez son format et suivez son statut. Préparez également l'enregistrement des paiements et l'archivage des documents.

Septembre 2027 : émettre et transmettre

À partir du 1er septembre 2027, les micro-entreprises devront émettre leurs factures électroniques B2B concernées. Elles devront également transmettre les données d'e-reporting lorsque les règles applicables le prévoient.

Les indépendants comprennent-ils bien la réforme ?

Le baromètre Abby publié en janvier 2026 montre que la principale difficulté reste la compréhension du sujet.

À cette date :

  • 37 % des indépendants interrogés confondaient encore une facture PDF avec une facture électronique ;
  • 26 % n'avaient pas commencé à se préparer ;
  • 48 % citaient le manque d'information comme premier frein.

Ces résultats expliquent l'importance d'un parcours simple. Avant de comparer les outils, identifiez le client, choisissez le circuit puis vérifiez les données nécessaires.

La distinction entre PDF et facture électronique constitue également une étape essentielle. Un PDF peut rester adapté dans certaines situations, mais il ne suffit pas pour une facture B2B après l'échéance d'émission.

Que reste-t-il à faire au quotidien ?

La plateforme facilite la transmission mais plusieurs contrôles restent à votre charge.

Vérifier les informations du client

Contrôlez le SIREN, l'adresse, la catégorie du client et la nature de l'opération avant l'émission.

Suivre le statut de la facture

Consultez le statut de chaque facture transmise. Un rejet peut signaler une donnée manquante, une erreur d'identification ou un problème de format.

Enregistrer le paiement

Saisissez les règlements reçus et rapprochez-les des factures correspondantes. Cette étape facilite le suivi de trésorerie et la transmission des données de paiement lorsqu'elle s'applique.

Archiver les documents

Conservez les factures, les avoirs, les preuves de transmission et les éventuels échanges liés aux rejets.

Le délai fiscal prévoit une conservation de 6 ans. Certaines pièces comptables et commerciales doivent être conservées pendant 10 ans. Retenez la durée la plus longue lorsqu'elle s'applique.

Quelles sanctions sont prévues ?

Les sanctions dépendent de l'obligation concernée.

Le défaut d'émission d'une facture électronique peut entraîner une amende de 50 € par facture, dans la limite de 15 000 € par année civile. La non-transmission des données de transaction ou de paiement peut entraîner une amende de 500 € par transmission, avec le même plafond.

Pour le défaut de recours à une plateforme agréée afin de recevoir les factures, l'administration adresse d'abord une mise en demeure de trois mois. Si la situation persiste, une amende de 500 € peut être appliquée puis une amende de 1 000 € après une nouvelle période de trois mois.

Une première infraction peut ne pas être sanctionnée lorsqu'elle est réparée spontanément ou dans les 30 jours suivant une première demande de l'administration. Pendant la phase de démarrage, les difficultés réelles peuvent également être prises en compte si une trajectoire sérieuse de mise en conformité est engagée.

Comment choisir votre solution de facturation électronique ?

Avant de choisir un logiciel de facturation électronique, vérifiez les points suivants :

  • la présence de la solution dans la liste officielle des plateformes agréées ou son raccordement à une plateforme agréée ;
  • la réception des factures fournisseurs ;
  • l'émission des factures B2B ;
  • la gestion de l'e-reporting ;
  • la prise en compte de la franchise en base ;
  • la collecte du SIREN client ;
  • la génération des formats structurés ;
  • le suivi des paiements ;
  • la gestion des rejets ;
  • l'archivage et l'export ;
  • le prix total de l'offre.

Un outil adapté doit vous permettre de suivre le parcours complet de la facture sans multiplier les saisies.

Conclusion

La facture électronique fonctionne comme un parcours en plusieurs étapes. Vous créez la facture, vérifiez les informations du client, choisissez le circuit adapté puis la transmettez par l'intermédiaire d'une plateforme agréée.

Le professionnel français relève de l'e-invoicing. Le particulier et certains clients étrangers peuvent relever de l'e-reporting. Une même activité peut donc utiliser plusieurs circuits.

Pour un auto-entrepreneur, la réception est obligatoire depuis le 1er septembre 2026. L'émission des factures B2B concernées commence le 1er septembre 2027. Le meilleur moment pour préparer cette transition consiste à classer vos clients, fiabiliser vos données et tester votre outil avant l'échéance.

Questions fréquentes

Non, un PDF classique ne constitue pas une facture électronique au sens de la réforme pour une opération B2B concernée. La facture doit être transmise dans un format structuré ou hybride par le circuit prévu. Un PDF peut toutefois rester utilisé dans certaines situations, notamment pour des opérations qui ne relèvent pas de l'e-invoicing B2B.

Vous devez choisir une plateforme agréée, renseigner votre SIREN et disposer d'un point de réception identifié. Depuis le 1er septembre 2026, les entreprises assujetties à la TVA établies en France doivent pouvoir recevoir les factures électroniques de leurs fournisseurs.

L'e-invoicing concerne la transmission des factures entre professionnels établis en France. L'e-reporting concerne certaines données liées aux ventes aux particuliers, aux opérations internationales et aux paiements lorsque les conditions prévues sont réunies.

Non, si vous êtes une micro-entreprise ou un auto-entrepreneur. Depuis septembre 2026, votre obligation principale concerne la réception. L'émission des factures B2B concernées commence le 1er septembre 2027.

Non. Un auto-entrepreneur en franchise en base reste assujetti à la TVA. Il est donc concerné par la réforme selon ses clients et ses opérations. Son régime de TVA reste inchangé tant que les conditions de la franchise sont respectées.

Vous devez notamment vérifier leur numéro SIREN, leur raison sociale et leurs adresses. L'adresse de livraison doit également être indiquée lorsqu'elle diffère de l'adresse de facturation. La catégorie de l'opération et l'option pour la TVA sur les débits doivent être renseignées lorsqu'elles s'appliquent.

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