FACTURATION ÉLECTRONIQUE

Réforme facturation électronique

Lea Rollauer
par Lea Rollauer, Responsable Juridique
15 minutes de lecture

Réforme facturation électronique : découvrez son origine, ses objectifs, le calendrier 2026-2027 et les étapes de mise en conformité.

Objectifs, calendrier, circuit des données et étapes de mise en conformité : découvrez ce que la réforme de la facturation électronique change concrètement pour les entreprises.

La réforme de la facturation électronique ne se résume pas au remplacement du format papier par un fichier numérique. Elle modifie progressivement le circuit des factures et la transmission de certaines données à l'administration fiscale.

Pour les indépendants et les micro-entrepreneurs, l'enjeu consiste surtout à comprendre le fonctionnement du dispositif puis à choisir une organisation adaptée avant les premières échéances.

Pourquoi cette réforme a-t-elle été créée ?

La réforme doit améliorer la circulation des données entre les entreprises et l'administration fiscale tout en réduisant les tâches répétitives liées à la facturation. Elle poursuit plusieurs objectifs fiscaux et administratifs.

Lutter contre la fraude à la TVA

La facturation électronique permet à l'administration de recevoir des données de facturation dans un format exploitable. Ce suivi doit faciliter la détection des incohérences et limiter les fraudes à la TVA.

La réforme concerne aussi les opérations réalisées avec des particuliers ou avec des clients situés à l'étranger. Dans ces situations, les entreprises transmettent certaines données à l'administration dans le cadre de l'e-reporting.

Simplifier les obligations des entreprises

Les factures électroniques suivent un circuit standardisé. Les données peuvent être transmises automatiquement entre la solution de facturation, les plateformes agréées et l'administration fiscale.

Cette organisation doit réduire les ressaisies, limiter les erreurs et faciliter le suivi des factures émises ou reçues.

Préparer le préremplissage des déclarations de TVA

Les données transmises pourront contribuer au préremplissage de certaines déclarations de TVA. L'entreprise conservera toutefois la responsabilité de vérifier les informations transmises et de déclarer correctement sa TVA.

Mieux connaître la conjoncture économique

Les données de facturation donnent une vision plus précise de l'activité économique. Elles peuvent aider l'administration à suivre les évolutions de chiffre d'affaires par secteur et par période.

Quels sont les textes à l'origine de la réforme ?

La réforme repose sur plusieurs textes. Elle n'est pas figée depuis 2021, car des ajustements ont été apportés avant son entrée en vigueur.

L'ordonnance du 15 septembre 2021

L'ordonnance du 15 septembre 2021 établit le cadre général de la facturation électronique et de la transmission des données de transaction. Elle prévoit notamment le recours à des plateformes dédiées pour faire circuler les factures entre les entreprises.

L'article 91 de la loi de finances pour 2024

L'article 91 de la loi de finances pour 2024 précise le calendrier de déploiement. Il distingue l'obligation de réception de l'obligation d'émission.

La réception intervient avant l'émission pour laisser aux entreprises le temps d'adapter leurs outils et leurs processus.

Les ajustements de la loi de finances pour 2026

La loi de finances pour 2026 ajuste le dispositif avant son entrée en vigueur. Ces évolutions concernent notamment le calendrier, les modalités pratiques et l'organisation des échanges.

Il est donc préférable de vérifier les dernières informations publiées par l'administration fiscale sur la page officielle consacrée à la facturation électronique.

Que recouvre concrètement la réforme ?

La réforme comprend deux obligations différentes.

La facturation électronique concerne les factures échangées entre entreprises assujetties à la TVA établies en France lorsque les opérations entrent dans le périmètre prévu.

L'e-reporting concerne la transmission de données liées à certaines opérations qui ne passent pas par une facture électronique entre deux entreprises françaises. Il peut s'agir d'opérations réalisées avec des particuliers, d'opérations internationales ou de données de paiement pour certaines prestations de services.

Pour approfondir la définition, le périmètre et les obligations selon le statut, consultez le guide Abby sur la facturation électronique en 2026 et le guide dédié aux auto-entrepreneurs.

Les formats de factures

UBL et CII sont des formats structurés. Ils contiennent les données de la facture dans une organisation lisible automatiquement par les logiciels.

Factur-X est un format hybride. Il associe un PDF lisible par une personne et un fichier XML contenant les données structurées.

Ces formats ne sont donc pas équivalents. Un simple PDF envoyé par mail ne suffit pas pour une facture entrant dans le périmètre de l'e-invoicing une fois l'obligation applicable à l'entreprise concernée. Les différences sont détaillées dans le guide Abby sur les formats de facture électronique.

Les nouvelles mentions complémentaires

Quatre mentions complémentaires doivent progressivement apparaître sur les factures :

  • le numéro SIREN du client ;
  • l'adresse de livraison lorsque celle-ci diffère de l'adresse de facturation ;
  • la catégorie de l'opération ;
  • l'option pour le paiement de la TVA sur les débits lorsque l'entreprise a retenu cette option.

Ces mentions suivent le calendrier d'émission. Elles concernent les grandes entreprises et les ETI à partir de 2026 puis les PME, TPE et micro-entreprises à partir de 2027.

Les entreprises en franchise en base de TVA sont aussi concernées par la réforme lorsqu'elles entrent dans le champ des obligations. À compter du 1er janvier 2027, la référence évolue vers le Code des impositions sur les biens et services. La mention attendue devient « TVA non applicable, art. L. 223-3 du CIBS ».

Une tolérance permet encore d'utiliser l'ancienne référence à l'article 293 B du CGI jusqu'au 31 décembre 2027. Cette évolution ne modifie ni le régime de TVA ni les seuils de la franchise en base. Retrouvez les précisions dans le guide Abby sur la franchise en base et la facturation électronique.

Comment fonctionne l'architecture du dispositif ?

La réforme distingue trois types d'acteurs.

ActeurRôle dans la réforme
Plateforme agrééeReçoit, transmet et met à disposition les factures électroniques. Elle assure aussi la transmission des données à l'administration fiscale selon les obligations applicables.
Solution compatibleLogiciel de facturation capable de produire ou traiter les formats attendus. Elle peut se connecter à une plateforme agréée.
Portail public de facturationService public prévu par la réforme pour certaines fonctions d'échange et de transmission. Il n'est pas la plateforme de dépôt universelle des entreprises privées.

Une solution compatible n'est donc pas automatiquement une plateforme agréée. Elle peut utiliser les services d'une plateforme agréée pour acheminer les factures et transmettre les données réglementaires.

Le portail public de facturation ne remplace pas les plateformes agréées dans tous les échanges entre entreprises privées. Chorus Pro conserve un rôle spécifique pour le secteur public, en réception et en émission pour les entités publiques concernées.

Le circuit des données

Le circuit peut être décrit de la manière suivante :

  1. L'entreprise émettrice crée une facture dans sa solution de facturation.
  2. La facture est envoyée vers la plateforme agréée de l'émetteur.
  3. Cette plateforme transmet la facture à la plateforme agréée du client.
  4. La plateforme du client met la facture à disposition de l'entreprise cliente.
  5. Les données de transaction et de paiement concernées sont transmises à l'administration fiscale.

Les plateformes peuvent échanger directement entre elles. L'entreprise n'a donc pas à déposer chaque facture sur un portail public unique.

La liste officielle des plateformes agréées reste la référence pour vérifier le statut d'un acteur.

Quel est le calendrier de la réforme ?

Le calendrier dépend de la taille de l'entreprise et de son rôle dans le circuit. Toutes les entreprises concernées doivent toutefois être capables de recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026.

DateEntreprises concernéesObligation principale
1er septembre 2026Toutes les entreprises assujetties concernéesRéception des factures électroniques
1er septembre 2026Grandes entreprises et ETIÉmission des factures électroniques et e-reporting
1er septembre 2027PME, TPE et micro-entreprisesÉmission des factures électroniques et e-reporting

L'e-reporting ne se limite pas à une seule transmission identique pour toutes les entreprises. Il peut concerner :

  • les données de transaction pour les opérations B2C ;
  • les données de transaction pour les opérations internationales ;
  • les données de paiement pour les prestations de services dont la TVA est due à l'encaissement.

La fréquence de transmission dépend du régime de TVA de l'entreprise et de la nature des opérations. Il est donc nécessaire d'identifier les flux concernés avant de paramétrer la solution de facturation.

Bon à savoir

L'obligation de réception s'applique depuis le 1er septembre 2026 même si l'obligation d'émission applicable aux PME, TPE et micro-entreprises commence le 1er septembre 2027. Votre outil doit donc pouvoir recevoir une facture électronique avant de devoir en émettre.

Que change la réforme par rapport aux pratiques actuelles ?

Le changement principal porte sur le circuit de transmission. La facture ne doit plus seulement être créée puis envoyée au client. Elle doit circuler dans un environnement organisé autour des plateformes agréées.

Pratique actuelleAprès l'entrée en vigueur de la réforme
Facture souvent créée dans un logiciel puis envoyée en pièce jointeFacture électronique transmise dans un format structuré ou hybride via une plateforme agréée
PDF lisible par une personne mais difficilement exploitable automatiquementDonnées de facture directement exploitables par les logiciels
Échanges séparés entre l'entreprise et l'administrationTransmission des données de transaction et de paiement selon les opérations
Suivi manuel des factures reçuesRéception des factures dans une solution ou une plateforme connectée
Données B2C et internationales généralement conservées en interneDonnées concernées transmises à l'administration au titre de l'e-reporting
Mentions de facture limitées aux règles actuellesAjout progressif du SIREN client, de l'adresse de livraison, de la catégorie d'opération et de l'option TVA sur les débits
Archivage variable selon les outilsConservation des pièces selon les délais fiscaux et commerciaux applicables

Quelles étapes pour se mettre en conformité ?

1. Identifier les flux concernés

Commencez par classer vos opérations :

  • ventes à des entreprises françaises ;
  • ventes à des particuliers ;
  • prestations internationales ;
  • achats auprès de fournisseurs ;
  • prestations de services avec TVA due à l'encaissement.

Cette cartographie permet de distinguer les factures électroniques des données à transmettre en e-reporting.

2. Vérifier votre régime de TVA

Le régime de TVA influence les modalités et la fréquence de transmission des données. Une entreprise en franchise en base reste concernée par certaines obligations même si elle ne facture pas la TVA.

Vérifiez aussi les mentions présentes sur vos factures et préparez la transition vers la référence au CIBS.

3. Choisir une plateforme agréée ou une solution connectée

Vérifiez le statut de la plateforme dans la liste publiée par la DGFiP. Si vous utilisez un logiciel compatible, contrôlez la plateforme agréée à laquelle il se connecte.

Pour comparer les critères utiles, consultez le comparatif Abby des plateformes agréées.

4. Mettre à jour les données clients

Rassemblez le SIREN de chaque client professionnel concerné. Vérifiez aussi les adresses de facturation et de livraison ainsi que la catégorie de chaque opération.

Ces données doivent être fiables pour éviter les rejets ou les corrections manuelles.

5. Tester l'émission et la réception

Avant les échéances, testez la création d'une facture, sa transmission, sa réception et son intégration dans votre outil de gestion.

Contrôlez également la transformation d'un devis en facture et la conservation de l'historique des échanges.

6. Préparer l'e-reporting

Identifiez les données à transmettre pour les opérations B2C, internationales et les prestations dont la TVA dépend des encaissements. Vérifiez que votre outil peut distinguer les paiements reçus des factures simplement émises.

Le guide Abby sur l'e-reporting détaille les opérations concernées.

7. Organiser la conservation des documents

Le délai fiscal de conservation est de six ans. Le code de commerce prévoit un délai de dix ans pour les pièces justificatives comptables. En pratique, le délai le plus long s'applique aux documents concernés.

Il ne faut donc pas généraliser automatiquement dix ans à tous les documents. La durée dépend de la nature de chaque pièce.

Où en sont les indépendants en 2026 ?

Le Baromètre Abby de janvier 2026 montre que la préparation reste inégale chez les indépendants.

Selon cette étude :

  • 37 % des indépendants confondent encore une facture PDF et une facture électronique ;
  • 26 % n'avaient encore rien entrepris pour se préparer ;
  • 48 % citent le manque d'information comme premier frein ;
  • Les répondants qui distinguent correctement un PDF d'une facture électronique sont environ trois fois moins nombreux à rester inactifs.

En janvier 2026, l'échéance de réception du 1er septembre 2026 se situait à environ huit mois. Ces données montrent que la première étape consiste à comprendre le circuit et les obligations avant de choisir un outil.

L'enjeu ne concerne pas uniquement les grandes entreprises. Les micro-entrepreneurs doivent anticiper la réception en 2026 puis l'émission et l'e-reporting en 2027.

Quelles sanctions sont prévues ?

Aucune sanction en 2026

Le 26 août 2026, le ministre des Comptes publics a indiqué qu'il n'y aurait aucune sanction pour aucune entreprise en 2026. Le 1er septembre est un coup d'envoi, pas une date couperet. Le barème ci-dessous reste celui de la loi de finances pour 2026 ; il ne sera pas appliqué cette année.

La loi de finances pour 2026 a relevé les montants initialement prévus (15 € et 250 €). Le barème légal, désormais fixé à l'article 1737 du CGI, distingue trois manquements. Pour les PME, TPE et micro-entreprises, l'émission et l'e-reporting ne deviennent obligatoires qu'au 1er septembre 2027.

ManquementSanction prévue
Facture non émise au format électronique lorsque l'obligation s'applique50 € par facture, dans la limite de 15 000 € par année civile
Données non transmises au titre de l'e-reporting500 € par transmission manquante, dans la limite de 15 000 € par année civile
Absence de plateforme de réceptionMise en demeure de 3 mois, puis amende de 500 €. En cas de persistance, 1 000 € par nouvelle période de 3 mois

Une première infraction régularisée spontanément ou dans les trente jours suivant une demande de l'administration n'est pas sanctionnée.

Attention

Les sanctions concernent des obligations différentes. Une facture électronique non émise, une donnée d'e-reporting manquante et l'absence de plateforme de réception ne relèvent pas du même régime. Consultez les informations officielles de la DGFiP avant de tirer une conclusion sur votre situation.

Pour préparer vos devis et vos factures dans un outil adapté à la réforme, Abby est une plateforme agréée immatriculée par la DGFiP, à vérifier dans la liste officielle des plateformes agréées.

En conclusion

La réforme de la facturation électronique transforme le circuit des factures et la transmission des données fiscales. La priorité consiste à distinguer e-invoicing et e-reporting puis à préparer la réception depuis le 1er septembre 2026 avant l'émission obligatoire en 2027 pour les PME, TPE et micro-entreprises.

Les fonctions de création de factures, de transformation des devis en factures et d'archivage d'Abby permettent d'organiser cette transition dans un même espace. Le choix de la formule doit correspondre aux besoins de gestion et aux obligations de l'entreprise.

Questions fréquentes

Les micro-entrepreneurs sont concernés par la réception des factures électroniques en 2026 puis par l'émission et l'e-reporting en 2027. La franchise en base ne disparaît pas et ses seuils ne changent pas du fait de la réforme.

Un PDF peut continuer à servir dans les situations qui ne relèvent pas encore de l'obligation d'e-invoicing. En revanche, lorsque cette obligation s'applique à l'opération concernée, un simple PDF envoyé par mail ne suffit pas.

La plateforme agréée transmet les données prévues par la réforme. La responsabilité de l'entreprise reste engagée pour l'exactitude des informations communiquées et pour le respect de la fréquence applicable à son régime de TVA.

Consultez la liste officielle publiée par la DGFiP. Une solution de facturation peut être compatible avec la réforme sans être elle-même une plateforme agréée. Dans ce cas, vérifiez la plateforme agréée utilisée pour transmettre les factures et les données.

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